Noël au balcon…

Pâques la clim’ à fond ! Eh oui, ici, il n’y a en fait que deux saisons, thermiquement parlant : chaude et très chaude.

(Ça c’est plutôt le jour de l’an au balcon, mais enfin l’idée est là. On notera le marché installé là pour la circonstance : en Thaïlande, toutes les occasions sont bonnes pour consommer. En purs esprits, totalement détachés des contingences matérielles que nous sommes, nous avons pris un peu de hauteur afin de nous rincer le gosier à l’aide de cocktails judicieusement choisis méditer sur l’insondable vanité de cette agitation consumériste et repérer from above les plus chouettes foulards en soie).

Anybref afin de rendre compte de ces vacances de la Noyel dans le Nord avant que celles de Pâques n’arrivent, et dans un souci de satisfaction du lectorat (oui, toi Maman ! Et toi Julie ! Et to… ah non, c’est tout) qui réclame à corps et à cris des explications sur le pourquoi du comment du contexte des photos, nous opterons cette fois pour la forme plus expéditive du « photo-blabla » (j’avais d’abord écrit « photo-reportage », mais à la relecture ça m’a semblé être un coup à faire s’agiter Robert Capa dans sa tombe. Tu peux RIP, Bob, je lâche l’affaire pour le Pulitzer !).

Passons donc sur les 12 heures de petit train (très bien ; dommage qu’il manque une traverse sur deux aux rails, ça gâche un peu la fluidité de la translation rectiligne. Et manque de faire choir à tout instant les quidams reposant sur une couchette supérieure. Dont j’étais, bien évidemment). (En même temps dormir en bas le nez à 20 cm des godasses de tout le wagon, j’ai déjà donné dans le train de nuit pour Rome, merci bien mais plus jamais, hein) et abordons derechef notre première destination : Chiang Mai.

  • La « capitale du Nord » et deuxième ville du pays est bien jolie, du moins dans sa partie intra muros (dès qu’on en sort, on retrouve laideur urbaine, embouteillages et gaz d’échappement. Mais peu de malls et de gratte-ciel : de ce point de vue-là, Bangkok est vraiment une exception, pour ne pas dire un autre monde qui n’a que peu à voir avec le reste de la Thaïlande) ; les temples notamment sont tout à fait remarquables : toute la kitcherie habituelle est là …

… mais agrémentée de quelques effets de surprise…

(Le Bouddha du Nord, apparemment, ne dédaigne pas la facétie.)

… parfois quelque peu déconcertants :

J’ai mis environ 100 ans à comprendre que ces braves bonzes étaient en cire. Il faut dire à ma décharge que le souci de réalisme est poussé jusqu’aux dessous de pieds cracras !

Pour celui-ci (en bas à droite, dépassant à peine du gros bouton de lotus en fleurs de crépon) j’avoue que j’hésite encore ; j’étais sur le moment tellement persuadée que c’était un vrai que je n’ai pas osé le prendre cash en photo, et ai dû faire mine de chercher à immortaliser le portrait de not’bon roi avec son épouse not’bonne reine. Comme si on ne le trouvait pas environ partout, ce portrait …

Mais, trêve de blagounettes, c’est aussi à Chiang Mai que j’ai vu les plus beaux nagas (ces serpents mythologiques du bestiaire hindouiste, intégrés sans état d’âme par l’iconographie bouddhiste, qui en a fait un indispensable de l’ornementation des toits des temples… ainsi que, dans une moindre mesure, de leurs entrées, rappelant par là que Bouddha est descendu du ciel sur un escalier dont les rampes étaient constituées de deux nagas) :

(Le naga démultiplie bien volontiers ses têtes ; de ce point de vue-là on ne peut pas le taxer de radinerie…)

(La petite fille en costume môn tradi – sous l’abat-jour fushia en bas à droite – nous tourne le dos parce qu’on n’a pas payé pour la prendre en photo. Mercantilisme quand tu nous tiens) (bon en même temps on est allés dans un village môn tout perdu dans la montagne, et c’est vrai qu’ils n’ont pas pas l’air d’avoir trop de sous…).

  • Après, l’IMMENSE différence avec Bangkok, c’est que les environs de la ville sont plutôt chouettes (à Bkk les « environs de la ville », c’est encore de la ville ; dimanche soir en rentrant de Kanchanaburi, on a ainsi pu rouler 3 heures – les vraies, pas la figure de style – sans « rupture de continuité du bâti », comme diraient nos amis de l’INSEE, avant d’arriver chez nous. Impressionnant.) consistant en diverses montagnes agrémentées de forêts, de cascades…

… et bien sûr de temples, comme ici au Doi Suthep, dans le parc national du même nom :

(On notera les têtes de naga ornant les bords de toit ; au bout du faîte, tout en haut, l’espèce de tête d’oiseau est un chofa – littéralement « pompon du ciel » ! – censé représenter Garuda, la monture mi-homme mi-volatile de Vishnu. Oui, Vishnu est un dieu hindou, mais ce n’est pas gênant : le bouddhisme est tolérance ! Plus intéressant : seuls les bâtiments religieux et royaux peuvent s’orner de nagas et de chofas. Sinon, c’est la schkoumoune garantie sur 20 générations).

Pour la petite histoire, nous étions censés grimper au temple (une douzaine de kilomètres depuis Chiang Mai, en route à lacets of course) en tobylette. Mais suite à un petit « incident voyageur » (Olive jure ses grands dieux qu’il n’avait pas l’intention de se débarrasser de moi pour filer avec une jeune Thaïe plus avenante que mézigue – pléonasme – ; aujourd’hui encore, je dubite) AVANT MÊME QU’ON AIT ATTAQUÉ LA CÔTE, j’ai préféré opté pour la sécurité – toute relative – d’un bon vieux sorng-taa-ou bondé, laissant Olive se débrouiller avec son – pas très fier – destrier. Chose qui d’après lui est devenue beaucoup plus facile une fois ledit destrier soulagé de mon poids (une bien belle journée, donc, conjugalement parlant)  :

Mais enfin du haut du temple, on est récompensé de ses efforts par :

– une nouvelle profusion de touristes d’or :

– un superbe panneau de bois sculpté dans un bon vieux style chinois :

– quelques fresques intéressantes :

(Celle-là au moins je sais l’expliquer : c’est un épisode de la vie du Bouddha lorsque, attaqué par le démon Mara qui le somme d’apporter la preuve de ses mérites, il prend la Terre à témoin – cette position du Bouddha, avec le bras droit reposant sur la jambe et la main touchant presque le sol, porte d’ailleurs le nom de « prise de la Terre à témoin » -. Apparaît alors Thorani, genre de déesse de la terre et des eaux, qui se met à tordre sa chevelure pour l’essorer. En sortent des millions de gouttes, chacune étant censée représenter un mérite du Bouddha ; le tout forme un torrent qui emporte Mara et son armée de démons.) (C’était donc la séquence « rentabilisons notre formation au Musée National et entraînons-nous à assommer les touristes par l’étalage de notre toute nouvelle confi-culture sud-asiatique ». Ça marche, non ?) 

– et surtout la super vue qu’on a sur Chiang Mai depuis là-haut :

(Pas de bol : entre brume de chaleur et pollution, ici les photos ne rendent jamais vraiment justice aux paysages urbains.)

La suite au prochain épisode…

Les transports, partie 1 : le car.

Quelques remarques en vrac sur notre voyage de Bangkok à Krabi, déjà bien vieux maintenant :

– 12 heures de trajet en car, c’est longuet. Spécialement lorsque les sièges du « VIP bus » ne sont pas plus inclinables que ça (aller), et très spécialement quand on vient d’avoir une gastro (retour). Mais le plus mauvais moment à passer, ce sont finalement les trois premières heures du trajet, celles pendant lesquelles les trois écrans télé du véhicule (par étage, j’entends) (ah ça ma bonne Lucette, on radine sur la place pour les guibolles, mais pas sur l’équipement multimédia, hein) diffusent le pire sévice visuel et surtout auditif que je connaisse une émission TV à vocation apparemment comique, de toute évidence fort populaire dans notre beau pays si j’en crois la mine réjouie – voire les franches esclaffades – de nos compagnons d’infortune de voyage au visionnage de sketchs aussi désopilants que celui d’un mari hurlant en train de tabasser sa grosse bonne femme.

Le mot-clé dans la phrase précédente, c’est « hurlant« . Car non seulement le volume est tel qu’il incommoderait une pleine résidence de vieillards même pas appareillés, mais en plus les « personnages » vocifèrent à qui mieux mieux tout au long de scènes interminables et désespérément répétitives. Les boules Quiès ne faisant qu’atténuer à peine l’agression auditive, ce genre de situation a tendance à légèrement exacerber mes tendances sociopathes. Aussi est-ce la bave aux lèvres et l’œil légèrement exorbité que, trois heures plus tard donc, je me retiens de mordre le jarret de notre « bus steward » lorsqu’il passe dans l’allée. L’évocation de ce personnage est heureusement la bienvenue, puisqu’elle nous amène à présenter des aspects résolument plus positifs du voyage.

(NDLR : le ton de cette entrée en matière peut sembler odieusement condescendant vis-à-vis de nos compagnons thaïs. Il reflète en fait une profonde incompréhension, sur plusieurs points d’ailleurs : pourquoi le bruit ne les incommode-t-il pas ? Qu’est-ce qui peut bien les faire marrer dans ces pantomimes grossières ? J’avais tendance à y voir un fossé culturel, un truc de civilisation qui fait qu’on ne rit pas des mêmes choses en Europe et en Asie ; en fait, après moultes discussions avec les uns et les autres, il s’avère que c’est plus probablement mon snobisme éhonté de bobo téléphobe qui me fait « oublier » que par chez nous aussi, des émissions à l’humour aussi raffiné que « le Bigdil » remportent, disons… un certain succès. Et qu’il suffit généralement de mettre un pied dans une rame de métro, de tramway ou de train pour constater que le djeun’s européen moyen se prive rarement d’infliger à toute la population de ladite rame, à grand renfort de MP3 poussé à fond, les crachotements de l’infâme R’n’B – pléonasme – censé vriller seulement SES conduits auditifs. Mais ça aussi on a tendance à l’oublier quand on vit dans un pays aussi policé que la Thaïlande. Il n’en demeure pas moins qu’il y a un truc qui m’échappe avec l’humour thaï, j’y reviendrai à propos du théâtre khon).

Trêve de ronchonnerie, donc ; voyons maintenant les petits « plus du bus » :

– le car, c’est pas ruineux : une quinzaine d’euros pour parcourir quasiment 1000 bornes, c’est assez imbattable…

– … d’autant que, comme on est dans un pays qui n’est pas du genre à laisser qui que ce soit crever la dalle (pas même nos amis clébards, rats, blattes et compagnie…), cela inclut le miam miam. Et même double dose de miam miam, deux précautions valant mieux qu’une pour prémunir les voyageurs contre « la fureur de Chatuchak » (alias le petit creux qui rend grincheux, apparemment tout particulièrement lorsqu’on arpente le labyrinthe du marché de Chatuchak. C’est du moins the holy bible le Lonely Planet qui l’affirme) : une première distribution de junk food (amis du beignet à la confiture de fayot, bonsoir) aux bons soins du « bus steward » dès la montée dans l’autocar, et puis…

(Le car Chiang Mai – Pai à la pause bouffe. C’est un mauvais exemple, celui-là n’avait pas de petits rideaux. Pas de rideaux du tout, en fait, j’ai dû accrocher un foulard à la fenêtre pour éviter d’avoir la ganache cuite à l’unilatérale. Les cars de montagne, c’est du rustique, hein…).

– … et puis un truc assez incroyable pour nous, peu habitués que nous sommes à ce genre de délicates attentions : vers 22h/23h, le car s’arrête sur une espèce d' »aire d’autoroute », où les employés à grands coups de hurlements dans un mégaphone invitent les voyageurs à prendre place autour de tables couvertes de nourriture chaude. C’est absolument gratuit (ne nous enflammons pas, hein : c’est aussi un peu dégueu), très bien organisé, et en 20 minutes tout le monde peut se restaurer ET faire son pipi, avant de remonter repu et content (bien qu’un peu sourd, rapport au mégaphone) dans le tape-cul. C’est pas le comble de la civilisation, ça ?

– de manière générale, les Thaïs ici comme ailleurs sont très attentifs aux détails : tous les bus longues distances sont par exemple équipés de petits rideaux en satinette qui festonnent gaiement aux fenêtres. Eh oui ma bonne Lucette : on ne change peut-être pas de chauffeur pendant 12 heures (« safety last » pourrait être la devise du pays ; c’est en tout cas le titre d’un prochain article), mais au moins on a de beaux rideaux qui shinent ! Soit autant de jolis petits linceuls tout trouvés en cas – pas si improbable – de nid de cigogne poule fatal…

(Ça aussi ça doit faire des gros nids. Mais double pas de bol : 1) c’est sérieusement en voie d’extinction – un petit problème d’ergonomie au niveau du bec peut-être ? –  2) j’ai complètement zappé le nom de la bête.

Birds Garden de Phitsanulok).

Sawat dee pee maï kha !

… autrement dit BONNE ANNÉE, fusse-t-elle 2556 ou 2013 !!!

Et vu le nombre de vœux envoyés dans le ciel ce soir-là, il y a bon espoir…

Mais laissons parler les images : le poids des mots, le choc des lampions ?

(Non, ce n’est pas une fée – ou une blogueuse beauté – qui aurait éternué des paillettes sur l’objectif d’Olive)

(Chiang Mai, 31 décembre 2555/2012.)