La Toussaint au soleil : nos vacances dans le Sud, part 2.

De Railay, nous avons pris le bateau pour Koh Phi Phi.

Qui d’entrée de jeu ne m’a pas trop inspirée avec son débarcadère-embarcadère-village de Ton Sai qui par un effet d’entonnoir concentre les sacs à dos (et leurs propriétaires rougeoyants) à raison de 40 au mètre carré.

Cette foule compacte de traîne-la-tong est particulièrement crispante, notamment lorsqu’on doit la fendre pour répondre à un genre d’urgence médicale… Mais n’anticipons pas sur la suite des événements.

L’arrivée à Ton Sai nous a confortés dans notre projet d’aller nous poser de l’autre côté de l’île, sur une plage isolée (Rantee Beach) accessible par bateau. Re-rafiot donc.

Et là, évidemment, on trouve de quoi se réconcilier avec Koh Phi Phi :

(Olive peut même faire mine de corriger ses copies face à l’Océan Indien).

Pour la modique somme de 400 baths par nuit, on est au paradis.

Ou du moins on le serait si le bar de la plage avait la bonne idée de mettre Bob un peu en sourdine. Ou alors de changer de disque, parce qu’à raison de 20 auditions par jour, même Redemption Song devient pénible. Le plus troublant dans cet histoire, c’est que cette omniprésence du reggae dans les îles semble relever d’une mise en conformité avec ce que les locaux supposent être une attente des touristes, supposition peut-être liée à la « découverte » de ces spots paradisiaques par quelques routards Occidentaux dans les seventies ? En tout cas toute cette atmosphère rasta-ringarde sent un tantinet la naphtaline mise en scène, d’autant que le personnel est à l’avenant, torse poil mais bonnet de laine vissé au crâne, et « brotherisant » la clientèle à tout va…

Ceci dit quand on en a marre, on peut toujours grimper dans la montagne couverte de jungle à l’arrière du resort, où un sentier mène à un chouette point de vue :

Un tombolo ou cordon littoral relie les deux parties de Koh Phi Phi Don.

L’atmosphère de ce spot haut perché est quasi recueillie, d’autant qu’un panneau avant/après le tsunami de 2004 est là pour rappeler que l’île a pris cher (et puis toute la touristaille a la chique coupée par la raideur de l’ascension : réalisée dans une température ambiante avoisinant les 40°C, c’est franchement l’enclume, donc tout le monde est plus ou moins au bord de l’apoplexie, donc on a la bonne paix).

Mais malgré toute cette paradisiaquerie, Koh Phi Phi nous a laissé un souvenir un poil mitigé, à cause de…

… la bonne gastro qu’on y a chopée, et qui a nécessité une pénible traversée de l’île par le chemin sus-mentionné, le cœur au bord des lèvres en plus des autres joyeusetés, pour se rendre à l’hôpital local.

Jetons un voile pudique sur ces douloureux moments (encore que, moi qui n’était encore pas atteinte, j’ai bien rigolé. Notamment à traduire à un Olive plus mort que vif les questions de la doctoresse musulmane voilée sur les modalités de son dernier « poopoo »…). Qu’il me suffise de dire que désormais, curry vert, reggae et nausée sont si bien associés dans mon esprit (et pas que…) qu’à la prochaine rencontre avec l’un des deux premiers, par pur réflexe pavlovien, le troisième risque bien de s’inviter …

Point de kayak, de plongée ni de pélerinage à Maya Bay pour nous, donc.

Adieu Koh Phi Phi ; tu es bien jolie, mais je ne sais pas si on reviendra…

La Toussaint au soleil : nos vacances dans le Sud, part 1.

Quelques photos de notre périple dans le Sud (les 12 heures de car nécessaires pour s’y traîner depuis Bangkok feront l’objet d’un article à part entière) :

  • Krabi d’abord : la ville en elle-même n’est pas terrible, il n’y a pas grand-chose à en dire, si ce n’est qu’elle a le mérite a) de ne pas être Bangkok : le bon air frais qu’on y respire près de la lagune, et l’atmosphère de langueur généralisée y sont bien agréables ; b) d’avoir été la seule de nos villégiatures à ne pas nous avoir accablés de reggae et autres dubberies à longueur de temps. Mon pauvre système nerveux l’en remercie ; c) de compter quelques excellents stands de street food dans son marché de nuit. Celui pour lequel nous avons opté est aisément identifiable : l’artiste culinaire y est affligé d’un syndrôme de tourette manifeste qui l’agite de multiples tics… et il cuisine TOUS les plats commandés dans la même gamelle ! Et la carte en compte une centaine ! Autant d’éléments qui, combinés aux flammes de 5 mètres de haut qui jaillissent à intervalle régulier de son « fourneau », rendent l’expérience assez impressionnante. Et délicieuse : mon curry vert de légumes, avec asperges et pois gourmands, m’a laissé un souvenir ému.

Attention cependant : si la ville est mochedingue, il n’en va pas de même des alentours, déjà ponctués par les formations basaltiques qu’on retrouve à Railay et Koh Phi Phi.

Une location de scooter et une quinzaine de kilomètres plus tard, nous voilà dans la jungle du parc national de Khao Phanom Bencha.

Les cascades y sont superbes, on y est tout seuls…

… ce qui est une humiliation en moins lorsque je me prends un gadin Pierre Richard’s style, un véritable tour de force consistant à se gameller à l’arrêt tout en se faisant bien bien mal, dévalade de rocher glissant sur le derche oblige.

(Sourire un peu crispé : j’essaie de faire bonne figure, mais en fait j’écrase furtivement une petite larme entre deux photos).

Comme j’ai tout de suite senti le potentiel de laideur des séquelles de la chute, j’ai demandé à Olive d’assurer le suivi photographique de la chose :

H + quelques minutes : plus de sale que de mal (en apparence du moins).

Le lendemain matin : on sent que ça prend tournure…

H + 2 jours : le fond violet est en place, prêt à servir d’écrin aux autres nuances qui ne vont pas manquer d’apparaître…

(Là en fait je censure quelques photos, parce que ça faisait un peu trop de derrière. Et de sa fidèle amie la cellulite)

Qu’il me suffise de dire que j’ai un peu fait sensation on the beach (et pas seulement parce que je relevais ma jupe à tout bout de champ pour exposer complaisamment mon gras à l’objectif d’Olive)…

… et qu’on est largement au niveau du bleu croate, pourtant de glorieuse mémoire. Pour info, le bleu croate (une chute à l’arrêt et un postérieur bien décoré, déjà. Serait-ce mon « signature cocktail », comme disent les bars chics ?), c’était ça :

Mais fermons là la petite boutique des horreurs, si vous le voulez bien, et revenons à cette jungle primitive, apparemment tout à fait digne d’intérêt pour les amateurs (de jungle, donc). Nous y avons réalisé une randonnée éprouvante – gros dénivelé + touffeur + moustiques crevards + mal au derche et hantise de retomber – et un chouïa stressante, dans la mesure où dans la jungle, TOUT évoque le serpent :

Ça devenait légèrement obsédant cette affaire…

  • Mais c’est seulement à Railay que nos craintes se sont justifiées : deux serpents rencontrés en deux jours. Dont un un peu fourbe, même pas dans la jungle, mais au restaurant de la plage, où on s’était attablés sous un arbre. Voilà la scène, en substance :

– Olive le miraud, tout guilleret après son demi-litre de Chang vespéral : « Ah tiens, c’est rigolo, on dirait qu’y a un ptit serpent à côté de ta tête. »

– Moi, moyennement rigolarde : « Pardon ? Plaît-il ? Où ça ? »

– Olive : « Dans l’arbre, là, à côté de toi ; mais non mais t’inquiète, c’est rien, juste une branche en forme de serpent, comme d’hab’… Ben qu’est-ce tu fais ? Saute pas partout comme ça, Minette, tu vas encore te faire mal aux fesses ! »

Bon moi j’étais un peu speechless ; j’ai appelé discrètement un serveur pour lui demander ce que c’était, mais il s’est juste mis à l’énerver avec une branche et à essayer d’envoyer un petit chat le fighter. Là-dessus un autre client a interrompu sa conversation téléphonique pour crier « Don’t touch it, it’s venimous« , et chacun est retourné à ses petites affaires. Sauf le snake, qu’est resté peinard sur son tronc.

Et le lendemain, en pataugeant dans la boue après une difficile ascension de falaise à la corde, voilà sur quoi on est tombés :

(Oui oui, il fait bien l’autruche. Il a dû voir ma fesse…)

Mais peu importe ; ces snakeries mises à part, Railay, c’est super :

parce que c’est beau :

parce que c’est pas cher :

Notre boui-boui dans la jungle, pile au pied de parois « escaladables ».

Franchement, un logis en dur pour 250 baths/nuit, que dire si ce n’est « merci la basse saison » ? Resort Pha Sok derrière Ton Sai Beach, pour ceux que ça intéresse.

parce qu’il y a plein de trucs rigolos à y faire, même quand on ne pratique pas l’escalade :

Comme visiter de super grottes pleines de chauve-souris et de murs orange scintillant, tout à fait dans le goût thaï (ici la Diamond Cave).

Grimper à la corde une paroi verticale couverte d’argile glissante, pour redescendre dans le lagon au milieu du bloc de basalte.

Tâcher de ne pas s’exploser un nouvel hémisphère fessier.

Faire l’échelle…

… et penser au Monde perdu de Conan Doyle.

parce qu’il y a des singes. Ah non, ce sont des saletés, il font bien plus peur que les serpents, avec leurs razzias quotidiennes, quand ils déferlent de la jungle dans un grand fracas de branches pétées :

parce qu’il y a des tracteurs John Deere sur la plage qui font office de taxi 4×4 :

(Spéciale dédicace pour le petit Jules).

Koh Phi Phi et Koh Lanta au prochain épisode.

Les piscines.

Il faut le savoir : ici, les « condos », essentiellement destinés au logement des expatriés – et peut-être aussi des élites économiques Thaïlandaises – ont tous au moins une piscine (et une fitness room)(et un lobby déployant un luxe extravagant à base de sols/murs en marbre, de lustres flamboyants, de mobilier design OU tradi mais toujours superbe, d’un personnel pléthorique, parfois anglophone (ça suppose un casting de fou) et détenteur d’un arsenal de clés et de cartes magnétiques digne d’Alcatraz. D’ailleurs c’est un peu le message que toute cette mise en scène envoie : « attention, happy few only ». Qui pourrait aisément être transformé en « attention, appartements pourris » tant tout le pognon semble parfois avoir été mis dans le lobby au détriment des logements qui le surmontent… ).

Quelques remarques sur ces piscines :

– Plus l’immeuble se veut luxueux, plus la piscine envoie. Elle peut être à débordement, ou bien agrémentée d’un jacuzzi, d’un mur d’eau ou de faux rochers et petits ponts de bambous… Mais le grand classique qui fait toujours son petit effet, c’est quand même de la coller au top floor :

(Mille excuses, photos pourries prises au smartphone pendant la phase « recherche d’appart' » de notre séjour).

Or des floors, il y en a dans ces condos-pour-farangs ; ça, les promoteurs ne lésinent pas sur la hauteur (mais peut-être sur la proportion de ciment par rapport au sable, et certainement sur le salaire des Birmans qui s’activent jour et nuit sur les chantiers, ce qui permet à ces impressionnants gratte-ciels de sortir de terre en quelques mois. C’est John Burdett – ma source d’information principale, même si évidemment pas la plus fiable – qui le dit, et qui y voit une forme particulièrement coûteuse d’obsolescence programmée). Ça permet de faire ses longueurs dans ce genre d’environnement :

Ah c’est autre chose que la vue sur les pelouses pelées de la piscine municipale de Chagny, hein ?!

– 2ème remarque : contrairement au lobby, par lequel tout le monde transite, c’est un investissement absolument pas rentable puisque PERSONNE N’Y VA ! Seuls les Occidentaux (= une infime partie des expatriés vivant à Bangkok) les utilisent ; les Asiatiques n’aiment pas se baigner ! Ou plutôt, pour être précis : fuient les activités de plein air, puisque celles-ci les exposent à la lumière directe du soleil.

Alors pour nous évidemment c’est bonnard, ces super-piscines qu’on partage au pire avec un vieil-Américain-psychorigide-des-10-longueurs-quotidiennes-à-15-heures (assez facile à éviter, du coup)  , au mieux avec … JAMAIS PERSONNE !

– le revers de la médaille, c’est que du coup l’entretien du bazar n’est pas au top. L’eau ne sent jamais le chlore, et, en ce qui concerne la nôtre en tout cas, on ne voit pas de dispositif de filtrage. Oh il y a bien une petite sphère dans un coin, mais elle est à peine plus grosse qu’une balle de tennis et produit des soupirs de vieillard cacochyme qui laissent planer un doute sur son efficacité à filtrer toute l’eau de cette piscine de belle taille.

(Ça c’est notre piscine)

J’avais donc, depuis un moment déjà, quelques doutes sur la propreté de la flotte, et j’évitais soigneusement d’y immerger ma ganache. Olive non, qui aimait à y plonger après sa dure journée de labeur, en toute confiance puisque nuitamment (rappelons qu’ici à 18 heures il fait nuit noire. Et que, moustiques mis à part, c’est le soir le meilleur moment pour se baigner : l’air sent alors le jasmin plus que les gaz d’échappement).

(Allez, je la remets, parce qu’elle est chouette notre piscine, quand même.)

Eh ben je pense qu’il ne le refera plus, vu que la semaine dernière on a eu la surprise de trouver notre piscine devenue toute opaque et vert émeraude. Ah ça n’a pas empêché notre vénérable voisin d’Amérique d’y effectuer ses longueurs à l’heure habituelle, hein (un petit problème de cataracte peut-être ? Il n’aurait pas vu la différence avec d’habitude ?) mais nous on était bien dégoûtés, et même les gardiens de l’immeuble – ordinairement fort placides, c’est le moins que l’on puisse dire – en étaient tout agités.

C’est bien simple, ils ont constitué une sorte de cellule de crise et ont tenu de longs conciliabules devant l’objet d’inquiétude. C’est ainsi absorbés qu’on les a laissés pour aller manger. Et bien l’union fait décidément la force, puisque lorsque nous sommes revenus, nous avons pu constater qu’ils avaient repris le contrôle de la situation, et que la guérison de la piscine ne pouvait qu’être en bonne voie, puisque des bouquets de bâtons d’encens brûlaient aux quatre coins du bassin.

Ouf ! Soulagement ! Invoquer le Bouddha pour lutter contre les bactéries, que n’y pense-t-on plus souvent !

(Bon, trêve de moqueries, le lendemain ils ont aussi déversé quelques litrons de chlore dans la piscine, qui depuis a repris une apparence à peu près normale. D’ailleurs je crois que ma cellulite et moi n’allons pas tarder à aller y faire notre grand retour…).

(Pas grand-chose à voir avec le topic du jour, si ce n’est la vue sur ces fameux condos, leurs terrasses et leurs au-bas-mots-six-premiers-étages consacrés au logement des bagnoles. Photo prise de notre terrasse : eh oui, nous aussi on est au top floor… d’un immeuble de deux étages ! )

(Mais c’est bien, c’est la bonne hauteur pour les petits animaux.)