Un dimanche à Frappadingue.

(Phra Pradaeng en vérité).

(Et, pour être tout à fait honnête, on n’y était pas vraiment. Mais c’était la direction. Et l’intention qui compte).

La jungle aux portes sud de Bangkok, dans un méandre bien prononcé (une quasi-boucle en fait, d’où le côté insulaire de l’endroit) de la Chao Phraya.

Première bonne nouvelle de la journée : le bus 72, qui passe à quelques encablures de chez nous, peut nous amener direct à l’embarcadère ad hoc au bord du fleuve. Et comme on est dimanche, c’est une VRAIE bonne nouvelle (et pas un coup à passer 1h30 à trépigner dans les embouteillages en se maudissant de ne pas avoir pris le BTS/métro).

On se colle ensuite dans un rafiot de type long tail boat (pompeusement annoncés sur l’embarcadère comme des « ferry boats« . Ça doit être ça l’optimisme thaï…) en priant pour que le Farang de belle taille monté avec son vélo ne nous propulse pas tous à la baille.

Arrivés à bon port, on se retourne pour admirer la skyline de l’autre rive – ou du moins ce qu’on en aperçoit à travers le nuage de pollution -.

On loue des biclous, et en avant Guingamp :

A-t-on jamais assez de maisons aux esprits ? Il semblerait néanmoins que ceux du lieu soient particulièrement nombreux et/ou facétieux, pour qu’autant de spirit houses soient nécessaires à la protection du temple adjacent …

Tout un réseau de sous-soïs en forme de passerelles bétonnées dessert les maisons sur pilotis à partir de la route principale. L’absence de bagnoles est bien agréable ; dommage que du coup les chiens en prennent un peu à leur aise. De toute évidence ils ont quelque peu perdu la saine habitude de se pousser quand quelque chose passe sur la voie. Et ont même développé une petite tendance à grogner, voire aboyer en direction du quelque chose en question. Faut-il préciser que ledit quelque chose en a conçu quelque -bien légitime- panique, et a fait demi-tour à grands coups de pédales plus souvent qu’à son tour ?

L’un de ces sous-soïs mène heureusement à un parc de toute beauté, dog-free, où varans et poissons-chats sont rois.

La vidéo du varan au prochain épisode…

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Les fruits.

A l’instar des chiens – mais beaucoup plus appétissants – ils sont partout : sur les marchés (pas chers), dans les échoppes spécialisées, dans les supermarchés, et, comble de la civilisation, chez les marchands ambulants qui vous découpent un demi-ananas en trois coups de sabre et embrochent les morceaux sur une petite pique pour une dégustation à même la rue (ici les gaz d’échappement, les émanations des tas de poubelles et l’omniprésence des clébards ne coupent l’appétit à personne)…

Tous sont délicieux (sauf le durian bien sûr, mais il pue tellement qu’on ne risque guère d’en acheter par erreur), et ce même lorsque leur note artistique laisse à désirer.

Ainsi, on ne miserait pas trois kopeks sur les longkongs au premier abord, et pourtant ces grappes de petites patates jaunâtres sont de loin mes fruits préférés ici, avec leur goût de lychee-en-mieux.

Les mangoustans sont sympas aussi, presque un peu trop sucrés.

Le fruit du dragon a l’air un peu offensif comme ça avec ses petites cornes et son fushia pétant. Pourtant son goût est relativement fadasse.

On lui prête des propriétés laxatives assez radicales.

Je confirme.

(En même temps, difficile d’incriminer un facteur plutôt qu’un autre dans un pays où, comme le dit fort justement ma camarade A., « il faut faire son deuil du caca bien moulé »…).

Même les bananes sont sympas ici, alors que Bouddha sait que je n’aime pas ça (il faut dire qu’elles sont toutes petites : pas le temps d’être écœuré). Et alors en beignets, n’en parlons même pas ; disons qu’heureusement que le dragon fruit est là pour remettre les compteurs caloriques à zéro…

Beaucoup de mangues aussi, encore plus « aroï-aroï » accompagnées de sticky rice et baignant dans le lait de coco (= le dessert basique).

Un mooncake s’est glissé dans la nature morte, saurez-vous le repérer ?

C’est un drôle de gâteau chinois qui a son petit festival au milieu de l’automne, et qui pourrait être délicieux s’il n’abritait pas en son sein un jaune d’œuf dur censé évoquer la lune. C’est bien joli, mais alors en termes de goût et de texture, worst idea ever...

La folie du « whitening », part 1.

Les amis, ce matin je suis consternation. Et chagrin, un peu, aussi.

Tout a commencé un jour où j’errais dans les allées du Big C Supermarket dédiées aux produits cosmétiques (NDLR : lesdites allées sont loooongues, nombreuses, et achalandées d’une telle profusion de produits que, si l’on suppose une corrélation entre l’importance de l’offre et celle de la demande – et, bien qu’étant une quiche en économie, j’avoue que ça ne me paraît pas fou -, je pense pouvoir affirmer que les Thaïs sont les plus gros consommateurs de produits cosmétiques du monde. C’est bien simple, on a l’air de communautés Amish à côté), à la recherche d’un simple déo.

Après environ 28 km d’arpentage stérile, j’arrive enfin devant les 500 mètres de linéaires consacrés à l’art-de-sentir-bon-des-aisselles-en-climat-tropical – ou du moins à celui de ne point trop incommoder ses voisins de métro en heure de pointe (= tout le temps) lorsqu’on doit se tenir aux poignées du plafond -.

Ravie de ma trouvaille et de voir qu’une marque occidentale « sûre », Nivea, est bien représentée, je commence à humer quelques billes, et m’apprête à embarquer celle qui dégage la fragrance la moins pire : celle d’un déo Nivea justement. Mais voilà que j’aperçois sur l’objet la mention « whitening ». Sur un déo bille, donc. Manifestement destiné à blanchir les dessous-de-bras autant qu’à les rafraîchir, donc.

« ???!!!??? », m’exclamé-je intérieurement (du moins l’esperé-je) (j’aime bien cette tournure).

Comme de juste je commence par ricaner un peu (don’t worry about the staff, je pense qu’ils me prennent déjà pour « la farang folle qui n’a rien d’autre à faire de ses journées que de traîner au Big C et de harceler le personnel désespérément non-anglophone avec ses demandes saugrenues » depuis bien longtemps…) en essayant de deviner les motivations pouvant pousser une femme thaïe à se blanchir les aisselles : éblouir ses voisins de métro dans la situation « arms up » sus-mentionnée ? Assurer sa sécurité piétonnière nocturne dans les soi sans trottoir par une meilleure visibilité, en levant les bras bien haut dès qu’un taxi (crazy) driver s’approche dangereusement à grands coups d’embardées latérales ? Ou tout simplement pour assurer le raccord avec le reste de sa personne déjà « blanchie » (en fait grisée) à grand renfort de face/body whitening lotions/creams/whatever ?

Il semblerait malheureusement que cette dernière option soit la bonne, avec deux conséquences légèrement flippantes :

1- Il est TRÈS difficile de trouver des produits qui ne contiennent pas d’agents blanchissants (donc potentiellement très agressifs), et ce quelle que soit la partie du corps/l’usage visé. Et Nivea, qui par chez nous joue beaucoup sur son image safe et familiale, est preum’s à proposer en Asie des produits qui ne seraient jamais autorisés sur le marché européen… Grosse vigilance à prévoir, donc, sur le déchiffrage des étiquettes.

2- Le fin du fin, c’est que cette volonté d’éviter toute rupture de ton de la pointe des orteils à celle des oreilles semble ne pas avoir de limites :

Il me semblait bien avoir déjà vu dans la rue un panneau publicitaire pour un produit d’hygiène intime contenant le mot « white », mais j’avais calmé mes soupçons naissants en mettant ça sur le compte d’une erreur de lecture due à la quasi-opacité des vitres cracra du bus à la vitesse ébouriffante à laquelle le bus circulait. Mais en fait non, le produit existe bien. Et j’ai lu ce matin un article du Guardian expliquant pourquoi il va certainement faire un carton en Thaïlande :

http://www.guardian.co.uk/world/2012/sep/23/thailand-vaginal-whitening-wash

Petite tristesse donc, de constater que les mêmes préjugés débiles sur la « bonne mine » et autres signes extérieurs d’aisance matérielle qui conduisent par chez nous des saucisses inconscientes à se faire bombarder de « soleil en boîte » dans des cabines de bronzage conduisent, à l’autre bout du monde, d’autres saucisses (mais ne seraient-ce pas un peu les mêmes, au fond ?) à se blanchir des zones pourtant peu susceptibles d’être exagérément exposées au sunshine (rappelons que les Thaïs, même lorsqu’ils se baignent – c’est-à-dire rarement -, le font tout habillés)…

En guise de protestation, et par solidarité avec les supposées mochetés trop foncées, j’ai décidé de ne plus chercher à éradiquer les sales taches marrons qui me donnent l’air vieille du front. Tout le monde s’en fout, certes, mais au moins le whitening ne passera pas par moi !

L’épineux problème de l’équipement pédestre en saison des pluies.

Un vrai souci. On part le matin sous un sunshine de plomb, et confiant dans sa longévité – moins confiant en revanche sur l’allure probablement dégoulinante de sa ganache d’ici quelques minutes heures, alors on checke qu’on a bien son petit carnet de feuilles absorbantes. Et on s’en colle une direct sur le front, au risque de sortir avec… – mais sur le coup des 15 heures, voilà que le ciel prend une teinte passablement foncée, pour ne pas dire noirâtre. On constate avec un chouïa d’inquiétude que les voitures allument leurs phares ; un petit vent se lève et là, on sait qu’on n’en a plus que pour quelques secondes avant le déluge.

Comment optimiser ces quelques secondes ?

On peut évidemment commencer par se féliciter d’avoir pris son parapluie. Ou se maudire de l’avoir oublié, et s’apprêter à lâcher une centaine de baths à l’un de ces vautours spéculateurs de la pluie qui ne manquent pas, dans ces moments-là, de se matérialiser fort opportunément autour des étourdis et de leur présenter des articles généralement hideux, mais dont la cote monte à mesure que les gouttes s’alourdissent.

Mais quand bien même on a son parapuche, le problème pédestre n’est absolument pas réglé puisqu’en quelques secondes, on se retrouve à patauger dans -au mieux- 10 cm de flotte aux allures de résurgence d’égout. Mes sandalettes en cuir ayant, lors de nos glorieux débuts dans la ville, durement pâti d’un tel outrage, je me suis assez vite munie d’un accessoire ô combien glamour et agréable à porter : une paire de ballerines en plastoc. Roses. Et à paillettes. Et à trous-trous en forme de petits cœurs (foutu pour foutu, hein…).

Je sauve ainsi mes maroquineries, ainsi que mon intégrité physique (dans des sandales en cuir gaugées, le pied a en effet fâcheusement tendance à riper, entraînant le reste du quidam mal chaussé dans une chute qui, pour peu qu’elle ait lieu pendant une traversée de la rue, risque fort de lui être fatale).

Et puis après tout, les New-yorkaises montées sur stilettos ont bien des ballerines dans leur it-bag, pourquoi n’aurais-je pas des méduses dans mon sac de facteur ?

Les chiens.

C’est bien simple, il y en a partout. Des créatures apathiques, haletantes, qui se traînent péniblement d’un coin d’ombre à un autre sur les trottoirs et les terrains vagues. Des créatures manifestement affamées aussi, le nombre dérisoire d’étrons sur les trottoirs tendant à confirmer l’hypothèse d’un régime à base d’amour et d’eau fraîche de taloches et d’eau de flaque, le tout assaisonné d’un peu d’air du temps.

D’après le canard local cependant, ces pathétiques bestioles seraient responsables de la moitié du nombre – non négligeable – de cas de rage recensés dans le pays.

(Je soupçonne les écureuils fous de se charger de l’autre moitié.)

On a pourtant bien du mal à les imaginer trouvant l’énergie de gnaquer quelqu’un, ces tristes clébards. Pour dire, il y en a un dans notre soi qui est couché exactement dans la même posture, exactement au même endroit du trottoir (un truc de plus à enjamber ; les piétons n’ont décidément pas la vie facile à Bangkok), exactement chaque jour que le Bouddha fait.

On pourrait croire qu’il est mort, mais non, j’ai vérifié : il ne pourrit pas.